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Lettera aperta
di Maranatha.it
a
S.S. BENEDETTO XVI
con filiale devozione
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Version française, traduite et publiée par:
PaixLiturgique.com
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Maranatha pour
la Paix Liturgique |
Lettre 190 - 9 août 2009
Début juillet, le site italien
www.maranatha.it
a publié une poignante lettre ouverte de ses deux
animateurs, les frères Gandolfo Lambruschini, au
Saint-Père. Nous vous livrons cette semaine la lecture
de ce document particulièrement intéressant après vous
avoir révélé quelques aspects de ses auteurs.
1) Qui sont les frères Lambruschini ?
Membres actifs du tiers-ordre franciscain, les jumeaux
Paolo et Giovanni Gandolfo Lambruschini ont choisi
durant les années 90 de se consacrer entièrement à la
santé de leurs parents, gravement malades. Retenus de ce
fait à domicile, ils ont pourtant trouvé un moyen de
poursuivre leur élan missionnaire par le biais
d'internet. Fin 1999, ils créent le site maranatha.it « pour
mettre à la disposition du plus grand nombre la liturgie
de l'Église ». Le succès de leur site auprès du
clergé italien les conduit à développer des outils
spécifiques pour télécharger facilement les textes
liturgiques. Aujourd'hui, ils enregistrent 2 000 à 3 000
téléchargements par mois pour une moyenne de 10 000
visiteurs mensuels
(quotidien n.d.r).
"Site le plus cliqué au Vatican" selon ses auteurs,
maranatha.it est paradoxalement aujourd'hui dans le
collimateur de nombreuses hiérarchies diocésaines
italiennes. Le crime de ses rédacteurs ? Avoir publié
dès la sortie du motu proprio Summorum Pontificum des
ressources liées à la liturgie traditionnelle, à
commencer par le missel de Jean XXIII. Depuis lors, les
frères Gandolfo Lambruschini ont dû faire face à des
pressions de toute sorte, plus ou moins aimables mais
aussi claires les unes que les autres : pas de publicité
pour le rite ancien...
Au lieu de plier, les jumeaux Gandolfo Lambruschini ont
persisté, fidèles à "la réforme de la réforme" promue
par le Saint Père, jusqu'à se faire les porteurs d'une
demande de messe dans leur paroisse, à Sestri Levante,
sur la côte ligure. Et c'est précisément le sort réservé
à cette demande depuis deux ans par leur curé et leur
évêque qui les a poussé à s'adresser aujourd'hui au
Souverain Pontife.
Dès 2007, leur curé leur oppose un refus catégorique. Se
retournant alors vers leur évêque diocésain, auprès
duquel ils font valoir le texte papal, ils obtiennent de
lui un premier accord : une messe un samedi sur deux. La
première messe, qui rassemble une soixantaine de fidèles,
est un succès. Mais très vite les incidents se
multiplient : changement de lieu de culte, changement d'horaire,
retard du prêtre... Les deux frères retournent voir l'évêque
et demandent, pour eux et pour les fidèles de la petite
communauté, une messe hebdomadaire. Après avoir expliqué
qu'il n'avait pas de prêtre à disposition, l'évêque
finit par accéder à leur requête. Ainsi, depuis le début
2009, un prêtre vient chaque samedi de Chiavari (le
siège épiscopal) célébrer la forme extraordinaire du
rite romain. Une quarantaine de personnes en moyenne
participe à cette messe, en dépit de son horaire
malcommode : 16h30 !
Certains pourraient se contenter de cette situation en
demi-teinte mais pas les Gandolfo Lambruschini. Ce qu'ils
demandent, c'est la pleine et généreuse application du
motu proprio : la messe dominicale et la possibilité
réelle de célébrer les sacrements selon la forme
traditionnelle. Et de préférence au cœur de leur
paroisse plutôt que dans une église périphérique.
Constatant, à la lecture des témoignages qui leur
parviennent par le biais de maranatha.it, que leur
situation est celle de l'immense majorité des demandeurs
italiens, ils ont décidé d'utiliser leur visibilité
médiatique pour adresser au Pape ce qui ressemble fort à
un cri de détresse.
2) De larges extraits de la lettre ouverte des
rédacteurs de maranatha.it à Sa Sainteté Benoît XVI
Très Saint Père,
Humblement, nous vous écrivons pour porter à votre
connaissance ce qu'il y a au plus profond de notre cœur.
Mais avant tout, nous devons vous remercier pour les
enseignements que vous dispensez dans les Audiences, les
Homélies, les Lettres et les Encycliques qui
accompagnent, depuis des années, notre développement
spirituel. En ces temps de grande "crise", cela a été
pour nous, et nous croyons pour toute l'Église, un grand
bienfait.
Votre enseignement représente une véritable libération
de l'horreur spirituelle des temps modernes, un refuge
sûr et une réparation garantie pour l'âme après avoir
été endoctrinés de faux savoirs et d'interprétations
personnelles élevées au rang de dogmes. Grâce à vous, un
malaise spirituel qui couvait dans l'Église depuis des
années et que nous avons ressenti avec grande douleur
est en passe d'être résorbé. Un malaise dû à une
confusion entre le vrai et le faux, le juste et l'erreur,
toujours plus difficiles à distinguer et toujours moins
nettement perçus, y compris des pasteurs eux-mêmes.
Malheureusement, nous désirons vous communiquer ce qui
nous tient vraiment à cœur, ce que nous avons vécu
depuis le 7 juillet 2007 dans le simple cadre d'une très
ordinaire vie de paroisse.
En particulier, nous désirons porter à votre
connaissance ce qui est notre vie, et la vie de tant d'autres,
au lendemain du Motu Proprio Summorum Pontificum. Grâce
à celui-ci et à la sensibilité liturgique de Votre
Sainteté - chère au cœur de qui, comme nous, ne voit pas
de "mal" dans l'expression liturgique de la foi qui a
nourri spirituellement tant de Saints au fil des siècles
de vie de l'Église -, nous avons obtenu, non sans
sacrifices, souffrances et humiliations de la part de
notre Évêque, la célébration de la Sainte Messe de
toujours dans un Oratoire extérieur à notre paroisse.
La joie de redécouvrir la Sainte Messe, aimée de nos
parents et que nous pensions éliminée pour toujours, l'a
emporté sur la profonde déception de constater que cette
sacrosainte liturgie n'a pas trouvé sa place à l'intérieur
de notre très chère communauté paroissiale.
Dans l'article 5.1 du Motu Proprio, vous avez fait un
grand cadeau à toute l'Église, en réaffirmant l'importance
et le rôle central de la paroisse, de la communauté
paroissiale unie par, et autour de, la Liturgie, juste
clarification attendue depuis des années. Vous avez dit
avec clarté que la tradition liturgique des 20 siècles
passés n'avait pas été "excommuniée" mais avait toujours
été valide, licite, légitime et sanctifiante. Le Motu
Proprio Summorum Pontificum a vraiment constitué un
grand acte de justice.
L'extraordinaire importance de ce document, croyons-nous,
réside dans le fait que la Messe de toujours a enfin
fait son retour dans la vie paroissiale de tous les
jours et n'est plus reléguée dans les seules "mains" de
quelques fidèles et associations auxquels va néanmoins
notre approbation pour avoir su conserver ce trésor.
La tradition véritable ne réside pas seulement dans des
mots et des gestes codifiés dans les temps anciens et
transmis au fil des siècles par l'Église. La tradition
est aussi ce qui nous lie, par le sang comme par le sol.
Les racines qui plongent dans notre communauté, par
lesquelles se révèle véritablement le sens mystique de
la tradition qui n'est ni une ni loi ni un rite, mais
une communauté d'esprits, unis et vivants, que pas même
la mort n'a le pouvoir de séparer. Dans la paroisse, nos
ancêtres, nos parents et nos descendants sont unis à
nous spirituellement, comme un seul peuple vivant
rassemblé face au Sacrifice du Christ.
Quelle tristesse de constater le dilemme qui nous est
imposé : choisir de maintenir notre enracinement en
humiliant notre sensibilité liturgique ou bien nourrir
cette sensibilité en nous coupant de notre lien
paroissial, nous obligeant à devenir des fugitifs, des
exilés, relégués dans des chapelles, sans curé, sans
cure attentive de nos âmes. Souvent ces chapelles sont
des "centres de messe" qui regroupent des personnes
venant de différents endroits, tous coupés de leur
paroisse respective parce qu'ils n'ont pas d'autre
solution pour se sanctifier, ne pouvant puiser à la
source de tradition dans leur paroisse, là où celle-ci
devrait naturellement se manifester.
Cette exclusion de la vie communautaire et paroissiale
n'est rien d'autre qu'une ghettoïsation et la vraie
cause d'une division que nous n'avons pas voulue mais
que nous subissons !
C'est comme si la tradition était une maladie
infectieuse à mettre en quarantaine pour éviter la
contagion des catholiques encore indemnes. Et pourtant,
comme nous aimerions participer à la Sainte Messe de
toujours, célébrée par notre curé, dans notre paroisse,
de la même façon dont nous participons à la Sainte Messe
dans sa sacrosainte forme ordinaire ! Mais celle-ci est
reléguée au loin, comme si elle n'était qu'un
sous-produit de la liturgie catholique, de dignité
inférieure, ne méritant d'être suivie que de catholiques
de dignité inférieure !
Et que dire des problèmes que nous avons dû affronter du
jour où nous avons mis en ligne, à disposition des
prêtres du monde entier, le Missel Romain du Bienheureux
Pape Jean XXIII avec toutes les explications et
commentaires spirituels sur les différents gestes de la
Sainte Messe. Que ce soit dans notre communauté
paroissiale ou dans notre Diocèse, nous avons rencontré
de nombreuses difficultés et enduré de nombreuses
souffrances.
(…)
Le résultat est qu'à l'instant présent, grâce à ces
persécutions subtiles et incessantes, nous nous sentons,
bien malgré nous, éloignés de l'Église. Nous avons la
douloureuse impression que notre Mère l'Église nous a
chassés, tourné le dos, humiliés. Le manque que nous en
ressentons est terrible !
En d'autres termes, nous souffrons de constater que de
nombreux prêtres et évêques interprètent la Foi
Catholique et la Divine Liturgie qui est l'expression
finale de cette foi, non pas en "continuité" - comme
vous l'avez expliqué plus d'une fois en vous référant à
la tradition bimillénaire de l'Église - mais en "rupture"
ouverte et incurable, allant jusqu'à faire de cette
rupture un étendard à montrer avec arrogance au monde.
Il est terrible d'éprouver concrètement chaque jour que
dans l'Église elle-même il est impossible d'adhérer
librement à tout le Magistère, sans recevoir en
contrepartie moqueries et grimaces ! C'est tout
simplement absurde. Nous sommes simplement Catholiques,
enfants de l'Église catholique, Apostolique et Romaine,
obéissants au Vicaire du Christ et à ses lois, fidèles à
son enseignement et désireux de participer au Sacrifice
même du Christ, qui se réalise aussi bien sous la forme
ordinaire et moderne que sous celle, extraordinaire et
plus antique, de l'unique Messe catholique.
(…)
Des témoignages constants que notre site enregistre
depuis des mois, nous pouvons affirmer que notre
expérience n'est pas un cas isolé.
Nous avons choisi de rendre publique cette lettre pleine
de tristesse que nous vous adressons humblement, pour y
associer spirituellement les invocations et les
souffrances de nombreux autres catholiques qui se
trouvent dans des situations identiques à la nôtre,
subissant les mêmes vexations et humiliations.
Nous désirons que vous connaissiez la réalité. De la
même façon, nous voulons que les fidèles qui ne
connaissent pas la tradition liturgique de l'Église
puissent prendre conscience du problème de coexistence
pacifique qui se pose, en l'état actuel des choses, à l'intérieur
du monde catholique et dont les amoureux de la tradition
ne sont en aucun cas les responsables. Nous vous prions
de grand cœur, Très Saint Père, de prendre les mesures
opportunes que vous seul êtes à même de mettre en œuvre,
afin que le Motu Proprio Summorum Pontificum vienne à
être appliqué dans chaque paroisse.
Aidez-nous, Votre Sainteté, et permettez-nous de pouvoir
goûter à ces fruits sanctifiants dans notre communauté
paroissiale, naturellement et simplement, sans
discriminations inutiles. Faites que les fidèles
puissent réellement choisir, sans encourir la moindre
répercussion, humiliation ou autre pénible fardeau.
Nous sommes convaincus qu'à cette requête s'unissent
tant de frères qui, en Italie et dans le monde,
éprouvent la même affliction, mais qui n'ont pas
toujours le moyen de faire entendre leur malaise. Nous
vous l'adressons au nom de l'histoire, au nom des
générations futures et au nom de la véritable unité de
l'Église.
Saint Père, nous vous supplions, ne nous laissez pas
seuls ! Nous prions l'Esprit Saint, par l'intercession
de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée, de garder
Votre Sainteté en bonne santé et de vous donner la force
et le courage de guider toujours efficacement l'Église,
nous aidant à obtenir la célébration de la liturgie
traditionnelle dans nos paroisses.
En la fête du Très Précieux Sang de Notre Seigneur, le
1er juillet 2009, avec l'expression de notre estime et
de notre respect,
Vos très dévoués serviteurs dans le Christ,
Paolo et Giovanni Gandolfo Lambruschini
(Notre traduction à partir de la source
http://www.maranatha.it/Letter.htm)
Les réflexions de Paix Liturgique :
1/ Il est patent de constater qu’il en est en Italie
comme en France : obstruction au Motu Proprio et
opposition au Pape. Rien de très original en somme. De
chaque côté des Alpes, des évêques utilisent les mêmes
méthodes indignes pour nier la demande des fidèles et
pour faire en sorte que le Motu Proprio apparaisse comme
un coup d’épée dans l’eau. Pour arriver à leur fin,
maintenir l’apartheid liturgique et leurs monopoles, ces
hommes (bien peu) d’Eglise semblent prêts à tout…
À Sestri Levante comme à Amiens, l'attitude du clergé
face au motu proprio Summorum Pontificum est tristement
et malheureusement similaire. Les curés se défaussent et
les évêques appliquent en traînant les pieds le motu
proprio... de 1988 (Ecclesia Dei).
Résultat : les fidèles sont tenus à l'écart de la vie
paroissiale et doivent se contenter du minimum pastoral,
une messe de temps en temps dans une église éloignée.
2/ Le fait que la lettre de maranatha.it soit rédigée
par des catholiques qui ne sont pas issus du monde
traditionnel est en soi significatif. Comme l'a rappelé
récemment le Cardinal Cañizares « en publiant le motu
proprio Summorum Pontificum la volonté du Pape n'a pas
été uniquement de satisfaire les fidèles de Mgr
Lefebvre, ni de se limiter à répondre aux justes désirs
des fidèles qui se sentent liés, pour des motifs divers,
à l'héritage liturgique représenté par le rite romain,
mais bel et bien d'offrir à tous les fidèles la richesse
de la liturgie de l'Église, en permettant la découverte
des trésors de son patrimoine liturgique aux personnes
qui les ignoraient encore » (voir notre
lettre n° 181).
En un sens, l'histoire des jumeaux Gandolfo Lambruschi
est l'illustration parfaite de la justesse des propos du
Cardinal et de ce pourquoi le Saint Père a voulu le Motu
Proprio.
Lettre 190 du
9 Août 2009
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Entretien
avec Ricardo Turrini Vita,
président d'Una Voce Italie |
Lettre 191 - 17 août 2009
A la suite de notre dernière lettre qui se faisait l’écho
de la lettre ouverte au Saint Père publiée sur le site www.maranatha.it,
nous publions aujourd’hui un entretien qu’a bien voulu
nous accorder Monsieur Ricardo Turrini Vita, Président
d'Una Voce Italie.
Haut-fonctionnaire romain,
Ricardo Turrini Vita est de longue date l'un des piliers
d'Una Voce Italie. Il nous donne son point de vue sur la
réalité décrite par la lettre de maranatha.it et son
jugement sur l'alternative que pourraient représenter
les paroisses personnelles - comme c'est à Rome le cas
de la Très Sainte Trinité des Pèlerins - aux blocages
rencontrés pour l'application du motu proprio Summorum
Pontificum dans le cadre diocésain.
PL - Président Turrini
Vita, que pensez-vous de la lettre ouverte au Saint Père
publiée sur le site maranatha.it ? Dans quelle mesure la
situation dépeinte dans cette lettre est-elle
représentative de la situation italienne ?
RTV - Plus qu'une lettre,
ce texte est un appel dont il serait nécessaire de
distinguer le contenu, la forme, le style et le support.
Sur le fond, les
signataires illustrent bien que l'objectif du Souverain
Pontife est de rendre le culte traditionnel vivant, au
même titre que le culte nouveau, dans le contexte
pastoral ordinaire.
Mais en même temps, ils soulignent que la réalité est
diverse, je dirais même contraire.
Pour juger de cette
réalité, il faut d’abord considérer que coexistent deux
droits : celui du catholique à l’usage du rite ancien
(la forme extraordinaire) et celui du prêtre à ne pas le
célébrer. Dans le cas dont nous parle la lettre - et
comme le prévoit le MP Summorum Pontificum -, l’évêque a
de toute façon permis une autre célébration, dont
l’étendue n’est pas indiquée. Le cas est moins
malheureux qu’ailleurs.
Si ma sensibilité
personnelle et mon éducation font que je ne ressens pas
particulièrement la nécessité de lier le culte
traditionnel aux paroisses diocésaines, je reconnais
néanmoins volontiers que les raisons affectives exposées
dans la lettre sont justes et nobles et que les curés de
paroisse devraient en tenir compte.
Les attitudes rencontrées
par les auteurs sont, quant à elles, bien connues - et
depuis des décennies - de tous ceux qui combattent pour
la messe traditionnelle, et notamment au sein d'Una Voce
Italie : le refus, la moquerie, la grossièreté. Après
les très clairs éclaircissements canoniques fournis par
le Saint Père actuel, les comportements rapportés par
les deux signataires sont de plus devenus des enfreintes
à la loi.
J'ai souvent fait
observer que le sens de la légalité au sein du clergé se
perdait, et pas seulement dans le domaine liturgique.
De nombreux clercs ne se sentent pas tenus d'obéir à la
loi ce qui, je le dis en passant, discrédite de fait la
"pastorale de la légalité" dont on entend souvent parler.
Les causes d'un tel comportement, outre la propension
commune au péché, sont profondes et ne se limitent pas
aux seuls bouleversements des années 70.
Il convient également de
dire que de nombreux prêtres n'ont pas reçu de formation
au culte traditionnel et que peu d'attention en général,
même dans le nouveau rite, a été donnée à leur formation,
comment dire, mistagogique.
Enfin, le Pape est le
chef visible de l'Église mais n'en est pas le corps tout
entier et ne peut suppléer à lui seul à ses défauts.
En Italie, si mépris et
refus sont en général la règle, le nombre de lieux où le
curé (ou l'ordinaire) n'est pas hostile à la forme
extraordinaire grandit régulièrement.
Les conditions d'application les meilleures dans le
cadre canonique et dans la fidélité à l’esprit du
Pontife s'observent à Rome, à Gênes et à Florence.
Quant à la forme de ce texte, au-delà du langage non
protocolaire qui est utilisé, je ne crois pas en ce qui
me concerne à l'utilité de tels appels : en 45 ans d'existence,
Una Voce en a lancé de très nombreux sans grand résultat.
Cependant, je tiens à féliciter les signataires pour
l'affection filiale qu'ils nourrissent envers le Saint
Père.
PL - En France, selon le sondage CSA pour Paix
Liturgique de septembre 2008, 34% des catholiques se
disent prêts à participer régulièrement à la Messe selon
la forme extraordinaire si elle était célébrée dans
leurs paroisses. Quelle serait, selon vous, la
proportion de fidèles italiens disposés à faire de même
?
RTV - Je crois qu'elle
serait inférieure : en fait, il manque en Italie une
tradition de formation liturgique comme celle qui fut
offerte par un géant comme Dom Guéranger. Toutefois, si
l'on considère que le nombre des pratiquants en Italie
est bien supérieur à celui de la France, il se pourrait,
tous comptes faits, que celui des fidèles attachés au
culte ancien ne soit pas inférieur au vôtre. À condition
que celui-ci soit offert librement et avec régularité.
PL - Face aux
résistances du clergé à l'ouverture des paroisses
diocésaines à la forme extraordinaire de la messe, une
issue pourrait se trouver dans le développement de
paroisses personnelles, comme cela a été fait à Rome au
printemps 2008. À la lumière de l'expérience romaine,
que pensez-vous de cette solution ?
RTV - L'expérience
romaine est satisfaisante parce que la paroisse s'est
affirmée et intégrée à la pastorale générale. Surtout,
celle-ci permet non seulement de bénéficier des
sacrements et du culte mais offre aussi une formation
spirituelle et des exercices de piété. Selon moi, la
paroisse personnelle serait le meilleur moyen de
pourvoir aux besoins de la portion du peuple de Dieu
attachée au rite ancien ; à condition, bien entendu, qu'il
existe un clergé disposé à s'y dévouer avec un esprit
conforme à celui que la tradition exige.
Les réflexions de Paix
Liturgique
1/ Monsieur Ricardo
Turrini Vita connaît parfaitement la question liturgique
en Italie.
Son ancrage de terrain, ses nombreuses relations (laïques
et ecclésiastiques), ses fonctions au sein d’Una Voce
font de lui l’un des meilleurs spécialistes de la
situation italienne. Le parcours de Monsieur Ricardo
Turrini Vita est bien différent de celui des frères
Lambruschini (voir notre lettre n°190 sur la lettre
ouverte au Saint Père publiée sur le site maranatha.it),
pourtant, leur attachement réciproque à la forme
extraordinaire du rite romain et leur souhait de le
promouvoir leur a donné de nombreux points communs :
moqueries, insultes, calomnies, campagne de dénigrement.
« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque
chose » dit l’adage. Cette pratique déloyale et
scandaleuse pour des femmes et des hommes qui se
revendiquent d’Eglise n’est hélas pas nouvelle : Ainsi,
une distribution de tracts en faveur de la messe
traditionnelle sur des pare-brise de voiture devient une
« perturbation des ordinations sacerdotales » qui se
déroulent dans l’église voisine, la récitation d’un
chapelet dans la rue devient « une tentative de
perturbation de la messe télévisée », une lettre
respectueuse de demande d’application du Motu Proprio
signée par plusieurs familles devient une « pétition
inadmissible, une pression qui n’a pas sa place dans l'Église
»…
On ne compte plus non plus les attaques personnelles,
les dossiers soi-disant « très graves » sur ce que l’on
appelle les « traditionalistes » et dont on attend
toujours la publication dix ans après… On ne compte pas
non plus les amalgames politiques, les raccourcis
indignes…
Non cela n’est pas
nouveau mais qu’il nous soit permis de toujours nous en
indigner et de ne pas nous habituer à cette culture du
mépris.
2/ A la lueur de l'expérience romaine qu'il connaît bien
puisqu'il est lui même paroissien de la Très Sainte
Trinité des Pèlerins (http://roma.fssp.it/),
Monsieur Ricardo Turrini Vita semble plaider pour le
développement de paroisses personnelles dédiées à la
forme extraordinaire du rite romain.
Cette formule n’est pas sans avantage à commencer par la
concorde… Toutefois, force est de constater que la
plupart des arguments en sa faveur sont le plus souvent
des arguments de type négatif en ce que la paroisse
personnelle est conçue d’abord comme le moyen de cesser
de supporter les moqueries, insultes, calomnies,
campagne de dénigrement et autres obstructions telles
que précédemment décrites.
Si l’érection de paroisses personnelles ne va clairement
pas contre le Motu Proprio puisque le texte papal
prévoit cette possibilité explicitement (article 10), il
nous semble que le Saint Père fait de la paroisse
territoriale le cadre naturel et premier d’application
du Motu Proprio.
En effet et comme le
rappelait très récemment le Cardinal Cañizares, Préfet
de la Congrégation du Culte Divin, « la
volonté du Pape n'a pas été uniquement de satisfaire les
fidèles de Mgr Lefebvre, ni de se limiter à répondre aux
justes désirs des fidèles qui se sentent liés, pour des
motifs divers, à l'héritage liturgique représenté par le
rite romain, mais bel et bien d'offrir à tous les
fidèles la richesse de la liturgie de l'Église, en
permettant la découverte des trésors de son patrimoine
liturgique aux personnes qui les ignoraient encore ».
Dans cette optique, il
nous semble donc que la paroisse territoriale de
Monsieur et Madame Toutlemonde doit être le cadre normal,
ordinaire et habituel de la célébration de l’une et l’autre
des deux formes du rite romain.
C’est à ce prix que le
trésor liturgique de la forme extraordinaire ne sera
plus le fait de quelques réserves d’indiens mais pourra
bel et bien être rendu à toute l'Église universelle.
Lettre 191 du
17 Août 2009
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